Le géant américain du chocolat Hershey défie les géants africains du cacao

Fait inhabituel, le chocolatier américain Hershey s’est approvisionné en cacao à la bourse de New York la semaine dernière, plutôt que de se faire livrer par le Ghana et la Côte d’Ivoire. Une façon d’éviter le paiement du différentiel de revenu décent imposé par les deux grands pays producteurs.

L’Américain Hershey défie les géants africains du cacao. Le quatrième chocolatier mondial a pris livraison de pas moins de 30 000 tonnes de fèves des entrepôts de la bourse de New York, la semaine dernière, ce qui est très rare. Habituellement les opérateurs débouclent leur position avant la fin du contrat plutôt que d’accepter le cacao certifié des marchés à terme, la bourse leur servant avant tout à s’arbitrer virtuellement pour gérer leur risque de prix.

Mais le cacao certifié de la bourse de New York était décidément moins cher que celui du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Car les deux pays producteurs africains ont imposé à leurs acheteurs un différentiel de revenu décent sur la nouvelle récolte, celle qui sort des cacaoyères depuis le mois dernier.

Cette prime tombe au plus mal pour les industriels, alors que le marché du cacao a été bouleversé par la pandémie de Covid. Les broyages de fèves ont chuté sur tous les continents. Sans que l’on sache si c’est la demande des consommateurs finaux qui décline ou si l’industrie écoule ses stocks de fèves et de produits intermédiaires, liqueur, poudre et beurre de cacao. Il est vrai que les chocolats de Pâques se sont moins bien vendus et que beaucoup de restaurants sont encore fermés. Les produits qui résistent le mieux, ce sont les biscuits au chocolat ou les pâtes à tartiner. On ne connaîtra vraiment la tendance de consommation qu’après les fêtes de Noël.

Ventes de cacao en retard au Ghana et en Côte d’Ivoire

Mais au niveau mondial, l’offre est de toute façon excédentaire par rapport à la demande, souligne un trader, et l’industrie n’est plus aussi enthousiaste à payer le différentiel de revenu décent imposé par le Ghana et la Côte d’Ivoire avant la pandémie. Pour preuve, les ventes de fèves de la campagne actuelle sont en retard de 500 000 tonnes par rapport à l’an dernier.

Les deux géants ouest-africains du cacao remusclent leur bras de fer : ils menacent désormais l’industrie chocolatière de suspendre les labels de certification UTZ-Rainforest appréciés des consommateurs et qui permettent aux grandes marques d’engranger des marges sur les produits en rayon.

Nouveau bras de fer des géants du cacao et de l’industrie

La capacité de la Côte d’Ivoire et du Ghana d’imposer leur prix sur le marché international est testée en ce moment, reconnait un analyste de N’Kalo. En attendant, les achats inattendus du géant américain du chocolat ont fait rebondir violemment les cours du cacao à la bourse de New York : ils sont passés de 2 300 à près de 2 700 dollars la tonne. Une hausse déconnectée avec la réalité actuelle du marché. Et qui fait mal à tous les opérateurs et spéculateurs qui n’avaient pas encore racheté leurs positions sur le marché à terme.

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