Jack Ma est sorti de sa caverne

Le cas de Jack Ma est parfaitement emblématique de ce changement de régime. Disparu de la scène médiatique pendant 88 jours, le créateur d’Alibaba, jeune retraité de son entreprise, est brusquement réapparu sur les écrans. Symbole d’un entrepreneuriat à l’anglo-saxonne, mâtiné de taoïsme, son retour interroge, surtout dans le contexte d’une débauche d’activisme sur le théâtre de la lutte contre la Covid, qui avait fini de le rendre omniprésent.

Après un retour quelque peu complaisant sur sa fulgurante carrière, Jack Ma affirmait que l’investissement en temps dans son activité avait été la clé, dès ses débuts, lorsqu’il était enseignant d’anglais. Par la suite, sa mue en dirigeant d’une grande entreprise ne l’aurait pas conduit à abandonner cette discipline de vie, bien au contraire. Et le milliardaire d’évoquer la joie qu’il ressentait en travaillant 12 heures quotidiennement et, en contrepoint, de décrire l’ennui qui affectait ceux qui vivaient leurs 8 heures de travail comme une torture. Son discours avait pour finalité de donner l’exemple aux jeunes. Au surplus, le propos, un peu simplificateur, valorisait l’idée d’un nécessaire retour sur investissement : on s’engage dans l’entreprise, et, en échange, l’entreprise vous offre un levier d’ascension sociale qui vous extrait de votre condition.

Toute l’énergie déployée irait dans le sens d’une amélioration de la vie familiale, conditionnée par la tranquillité financière. L’idée étant d’atteindre le Graal : devenir un « homme Alibaba » (Alibabaren). En dépit de son apolitisme revendiqué, des suspicions gravissimes, dans le climat politique chinois, n’ont pas tardé à fleurir. Ma a tenté de se défendre : « En tant qu’entreprise, si vous ne pouvez pas changer la loi, suivez la loi. Respectez le gouvernement local. La politique ne nous intéresse pas. Nous nous concentrons juste sur le commerce électronique. » Cette profession de foi n’a pas été suffisante.

Un grand nombre de messages critiques ayant ensuite inondé les réseaux sociaux ont par la suite stigmatisé un autre point : l’affaire des prêts. Jack Ma, via ANT, la filiale financière d’Alibaba, a en effet consenti aux étudiants (environ 20 millions sur un total de 120 millions) des prêts à des taux attractifs. Beaucoup de familles se sont rapidement retrouvées en situation de surendettement.aa

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