Covid-19 : pourquoi l’Afrique échappe aux pires pronostics

Le Sénégal, le Niger ou le Cameroun ont mis en place des politiques de tests ciblés qui freinent efficacement la progression du coronavirus.

L’hécatombe annoncée par l’OMS n’a pas eu lieu et le continent semble se porter mieux que l’Europe et l’Amérique. Infrastructures médicales limitées voir désastreuses, système sanitaire fragile et quasi inexistant… L’Afrique n’avait apparemment aucun atout et aucune chance de s’en sortir en ces temps de pandémie. 

L’Afrique n’a enregistré que 1,6 million de cas, soit 4,2% du total mondial. Elle compte 39.500 décès à ce jour, seulement 3.000 de plus que l’Italie. Bien sûr, certains Etats, les plus connectés au reste du monde, ont payé un lourd tribut.

A elle seule, l’Afrique du Sud concentre près de la moitié des décès. Mais pour bon nombre des 55 pays de l’Union africaine, le Covid n’a pas commis les mêmes ravages. Plusieurs facteurs viendraient l’expliquer : la jeunesse de la population (la moyenne d’âge y est de 19 ans), le climat, qui influe sur le mode de vie (les activités se font davantage à l’extérieur), une densité moindre. L’expérience d’Ebola entre 2013 et 2016 a aussi préparé les systèmes de santé et les populations au choc du Covid.

Ce succès africain est surtout dû aux politiques publiques mises en place. Parmi les très bons élèves figure le Sénégal (moins de 16.000 cas, 316 décès). Dès février, avant que le premier cas ne soit déclaré sur le territoire, un plan de riposte détaillant la prise en charge des patients ou la surveillance épidémiologique est prêt. Le 14 mars, le gouvernement interdit la fréquentation des lieux de culte puis instaure un couvre-feu, ferme les marchés et interdit les déplacements interrégionaux.

Parallèlement, les laboratoires, notamment l’Institut Pasteur de Dakar, sont mobilisés pour la production de tests. Certes, par manque de moyens, l’Afrique teste beaucoup moins. Mais peut-être mieux. « Au Cameroun, on s’est vite rendu compte que les résultats des PCR mettaient trop de temps à arriver, affirme Yap Boum. Cela fait des mois que l’on est passé aux tests rapides. »

Si l’Afrique du Nord s’en sort moins bien c’est à cause de sa proximité et de ses liens avec l’Europe mais elle se distingue également par la nature de ses populations. A titre d’exemple, l’Algérie est un des pays où l’on vit le plus longtemps en Afrique. 

Un autre facteur pèse également dans cette crise. En Afrique, on parle d’immunité croisée. Les populations qui sont en contact avec différents microbes pathogènes et et qui ont fait face à des virus comme l’Ebola ont renforcé leur immunité et leurs corps répondent mieux à l’attaque du nouveau virus. 

La chaleur est également un facteur qui intéresse les scientifiques et beaucoup d’expertises sont en cours pour étudier le comportement du virus en fonction de la température. Certains pensent que son incidence a joué un rôle important dans le ralentissement de la propagation du virus en Afrique. La combinaison entre la chaleur et le mode de vie à l’africaine qui préconise le plein air a abouti à protéger les populations. 

Le paludisme aurait aussi une incidence selon certaines pistes de recherches. Les malades soumis à l’hydroxychloroquine (traitement administré contre le paludisme), seraient moins sensibles au Covid-19 et et mieux lotis contre ses effets. 

Alors que la courbe épidémique s’envole à Madagascar qui était jusque-là épargné, la vigilance reste de mise sur le continent et certains scientifiques préviennent : il se pourrait que la pandémie soit plus lente en Afrique mais ce qui est sûr c’est qu’elle continue d’avancer.  

La faim et le chômage semblent suivre cette montée exponentielle. En Algérie, un homme s’est immolé la semaine dernière parce qu’i n’arrivait plus à nourrir sa famille et les émeutes du Kenya sont toujours présentes dans les esprits. Les violences policières, quant à elles, n’ont cessé d’augmenter dans la majorité de ces pays et leurs courbes est bien plus difficile à inverser que celle du COVID-19. 

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